L’anxiété de la séparation de son groupe pour le perroquet

La réalité
Aucun perroquet n’est adapté pour vivre dans nos maisons. Les perroquets sont des animaux du ciel que nous obligeons à vivre sur terre. Leur sécurité est dans la fuite et nous les obligeons à vivre en cage. Ils sont des animaux grégaires que nous obligeons à vivre seul ou dans un groupe d’une autre espèce. Malgré tout notre amour et notre respect envers ces animaux, nous sommes dans l’impossibilité de leur donner ce dont ils ont besoin… notamment la liberté.

La compréhension
Les perroquets, comme les autres animaux non humains, ont un instinct de survie incroyable. Malgré la douleur et la tristesse, ils ne se laissent pas mourir. Ils n’ont pas la notion du suicide. Ayant la notion de survie très développée, peu importe les circonstances, un perroquet souffrant ou mourant cachera son état de détresse jusqu’à la mort.
Il n’y a qu’un pas à faire pour comprendre qu’un perroquet souffrant psychologiquement cachera aussi cette détresse.

Les oiseaux démontrent clairement cette souffrance liée à l’anxiété et à la peur. Alors qu’il est facile de mettre sur le compte de la joie un oiseau qui danse, chante ou parle, nous pouvons identifier que l’oiseau qui arrive en refuge et qui sort tout son vocabulaire et ses folies est très certainement angoissé.

Il ne faut pas se leurrer, l’oiseau qui agit ainsi tout en étant séparé de son groupe et de son environnement n’agit pas ainsi parce qu’il est heureux. Il agit ainsi parce que l’anxiété est tellement grande qu’il doit cacher cette détresse en adoptant un mode de communication appris avec son groupe passé.

D’autres adopteront immédiatement une approche sexuelle avec des offrandes de nourriture, des parades et/ou le déclenchement d’une phase hormonale subite. Il ne s’agit pas d’un coup de foudre. Il s’agit plutôt de la recherche d’un apaisement du taux d’anxiété ressenti.

Chez les gris d’Afrique plus particulièrement mais aussi chez toutes les autres espèces qui ont développé du picage par le passé, lors d’un changement d’environnement, nous constatons une recrudescence du picage menant parfois à de l’automutilation. Il s’agit là de la recherche d’un apaisement de l’anxiété.

Il y a aussi l’oiseau qui se réfugie dans le mutisme et l’immobilisme. Cet oiseau est sous le choc et, bien que représentant un oiseau calme en apparence, son taux d’anxiété est si grand que la peur le tétanise. Il tente par tous les moyens de passer inaperçu, tout comme l’oiseau piégé.

Il est très important de reconnaître les signaux de détresse des perroquets et de porter une attention particulière à tous ces signes, afin de trouver une démarche adaptée à ces manifestations d’anxiété et désamorcer le plus rapidement possible cette détresse.

Par exemple, pour un oiseau prostré et refusant tout contact, il sera bien de l’approcher tout en prenant une position rassurante pour lui, comme de s’asseoir par terre avec des cachous et des jouets et de ne pas le regarder directement, mais attiser plutôt sa curiosité en interagissant avec les autres perroquets du refuge.

Si l’angoisse d’un oiseau lui donne envie de se coller à l’humain pour être rassuré, on peut alors lui prodiguer des câlins à profusion.

 

Notre travail pour améliorer leurs conditions de vie
Le travail d’un refuge n’est pas de prendre les perroquets et les mettre en cage en attendant les acheteurs ou les adoptants.

L’observation des perroquets est de la plus haute importance. On détermine ainsi les actions à privilégier pour rendre leur adaptation plus aisée et surtout dissiper leur angoisse, leur tristesse et leur anxiété le plus rapidement possible.

L’objectif est de trouver une famille d’adoption afin qu’ils retissent des liens affectifs et sociaux et retrouvent un sentiment d’appartenance à un groupe pour leur sécurité. Cela se fera toujours dans la compréhension et le respect des besoins et de la personnalité du perroquet.

Progressivement les perroquets s’adaptent à leur environnement. Ils apprennent à y vivre parce qu’ils n’ont d’autres choix.

Certains oiseaux sont plus résilients et leur adaptation est plus rapide. Par contre, d’autres ne s’en remettront jamais complètement.

Les perroquets imprégnés aux humains vont chercher un nouveau conjoint(e) parmi ces derniers…il s’agit de l’instinct de reproduction. Ils chercheront aussi à intégrer un nouveau groupe dans lequel ils se sentiront en sécurité…il s’agit de l’instinct grégaire. Et même s’ils ne parviennent qu’à combler partiellement ces deux instincts, ils réussiront tout de même à vivre…il s’agit ici de l’instinct de survie.
Adoption
Pour les plus chanceux qui trouveront un environnement adapté à leurs besoins spécifiques, ceux-ci s’intégreront au groupe, pourront voler librement et seront ainsi respectés et aimés le reste de leur vie en captivité.

Les plus malchanceux qui vivront plusieurs abandons successifs devront chaque fois repasser par les mêmes étapes et troubles d’anxiété, afin de se réadapter chaque fois à un nouvel environnement pour survivre et se réintégrer dans un nouveau groupe.

Chaque perroquet vit l’abandon et le rejet de son groupe avec anxiété. Chaque expérience du passé est ancrée en eux et dicte leurs comportements futurs selon les situations qui se présenteront à lui.

Chaque abandon laissera des séquelles psychologiques plus profondes, hypothéquant ainsi son droit à une vie décente. On ne parlera donc plus de bonheur mais bien de survie et là est toute la différence.

 

Joanne Vleminckx

Fondation St-Marseille

Posted in Blog.