Laisser les perruches et perroquets être élevés par leurs parents biologiques

 
Les expériences lors du tout jeune âge de l'individu concerné par l'élevage – qu'il soit fait par les parents ou par la main de l'homme  sont déterminantes de part leur nature et leurs qualités quant à la formation des comportements sexuels et sociaux de l'oiseau. Ce sont les premières étapes de la vie d'un oisillon (socialisation primaire) qui affectent et renforcent ces comportements adultes.

 

L'importance de l’empreinte (ou "apprentissage précoce")

L'empreinte, c'est la capacité d'acquisition accélérée de manière permanente par un oiseau juvénile des caractéristiques lors des expériences vécu, qui orientera les conduites ultérieures (identification, liens affectifs, choix du partenaire sexuel, vie sociale…). L'oiseau concerné s'identifie de façon plus ou moins irréversible à l'individu animé qui va être présent (empreinte visuelle) et s'occuper de lui (contacts sociaux), comme un besoin instinctif de parenté. L'imprégnation s’opère de différentes manières dont l'importance varie selon l'âge, l'expérience et l'espèce concernée.

Cette forme particulière d'apprentissage se développe pendant le très jeune âge de l'oiseau, sur une période variant selon l'espèce concernée et son éthogramme. L'empreinte affectera considérablement les comportements futurs sociaux et sexuels de l'oiseau. C'est l'établissement d'un lien entre les déclencheurs extérieurs et les comportements instinctifs selon les circonstances qui se présentent, et non par un déterminisme biologique. Les comportements sociaux et sexuels ne sont pas purement innés et instinctifs mais relèvent bien en partie de l'apprentissage.

C'est pourquoi la reconnaissance de sa propre espèce n'est pas innée, elle résulte de l'expérience dès le plus jeune âge. Et par conséquent c'est pourquoi l'empreinte influe les comportements sexuels. Si l'oisillon évolue avec ses parents biologiques, il va pouvoir s'identifier à sa propre espèce et acquérir les codes de communications, socioculturels, et tout ce qui est relatif aux comportements sociaux et sexuels. Il choisira son partenaire sexuel selon les critères de son espèce.

L'élevage à la main (EAM et imprégnation à l'humain)

Si un perroquet est élevé à la main (nourrit par l'humain), son empreinte se fera au bénéfice de l'espèce animale humaine. L'humain sera sa référence en tant qu'espèce, que parents, et que futur congénère et partenaire sexuel. C'est pourquoi le perroquet élevé à la main a des troubles du comportement sexuel (sans parler des autres troubles du comportement : cris, morsures, anxiété, dépendance, mutilation) et tente de se reproduire avec son propriétaire ou "élu" en tant que partenaire sexuel (parades, masturbation, régurgitation, tentative de coït…).

images-6Empreinte visuelle
L'oisillon est très attentif à ce qu'il observe dès ses premiers jours de vie. L'objet de son empreinte sera l'individu animé (déclencheur indispensable) qui sera présent durant cette période, et qui lui portera de l'attention. C'est pourquoi la perruche ondulée, la calopsitte, le Gris du Gabon, ou tout autre perroquet élevé par l'homme demandera l'attention des individus humains présents et s'identifieront à lui. C'est pour cela qu'il aura besoin d'énormément d'attention, de soins et d’interactions, plus qu'un oiseau élevé par les parents, qui lui ira vers son congénère de son espèce.

Empreinte auditive
Les jeunes oisillons prêtent attention et recherchent les cris et chants de leurs parents. Cette forme d'empreinte commence dès l'état embryonnaire, et se poursuit à la naissance, où les perruches et perroquets recherchent les stimulations auditives, ce qui apporte un sentiment d'extrême sécurité et de satisfaction, tout comme le contact avec la fratrie.

Les oisillons ont donc besoin de stimulations auditives, visuelles et tactiles pour leur développement social, affectif et sexuel. Seul l'élevage par les parents peut apporter en terme de quantité et qualité ses stimulations et cet apprentissage particulier, inconnu de l'être humain. Plus les perruches et perroquets seront stimulés durant leur plus jeune âge et leur évolution, plus ils auront des capacités intellectuelles et sociales propre à leur espèce et à la culture de leur groupe social. Également, vos perruches et perroquets seront plus curieux, en ayant des comportement exploratoires. Il y aura moins de comportements d'angoisse envers l'environnement et et les stimulations extérieures. L'oiseau sera moins craintif.

L'élevage à la main quant à lui ne permet pas la nature et la qualité de cet apprentissage, et par conséquent les oiseaux manquent de stimulations et grandissent en permanence avec un sentiment d'insécurité et d’insatisfaction. Les expériences vécues d'un perroquet EAM sont inappropriées à ses besoins et engendrent un oiseau à l'âge adulte anxieux, craintif de l'environnement actif externe, et replié sur lui même.


La socialisation primaire et l'attachement

Les premières expériences après la naissance durant la période juvénile ont une influence considérable pour le développement de la perruche ou du perroquet, en dehors même du processus d'empreinte, et il définira son comportement à l'état adulte. L'empreinte est plus ponctuelle et dure un temps bien déterminé selon l'espèce concernée, alors que les attachements sont multiples et font appel à une multitudes de comportements des parents.

En outre, c'est la socialisation primaire (l'acquisition des conduites sociales) qui influence et définie les comportements de l'oiseau adulte, et la compréhension et l'interprétation qu'il aura de son milieu (son environnement social et géographique – distance sociale). Ainsi, ce sont les premières expériences qui vont définir le choix du partenaire sexuel. Ce choix est déterminé par les qualités du congénère et par le type d'interactions vécues pendant la période juvénile. Il identifiera son espèce à travers celle qui s'est occupée de lui très jeune, qui a été présente, qui l'a nourri et protégé, lui et sa fratrie.

Les expériences liées à l'attachement et l'isolement (C.C Wariner, W.B Lemmon, T.S Rayes, P.F.D Seitz, W.R Thompson, R. Melsack, H. Harlow) du petit à sa mère ont prouvé l'importance du contact corporel dans la relation et l'évolution. La qualité du contact parental a son importance dans le développement des comportements socio-affectifs de l'oisillon avec ses congénères. A travers le nourrissage de la mère, il y a l'attachement, où l'oisillon recherche le contact, une source de chaleur, mais également où il observe ses mouvements et s’enrichit des stimuli sensoriels qu'il reçoit. L'affectivité est donc un besoin primaire, au même titre que la faim et la soif.

images-4Quand un oisillon (perruche ou perroquet) est élevé à la main ( EAM), il est séparé de ses parents naturels, de sa fratrie, et il est inhibé de toutes stimulations adaptées à son apprentissage et évolution. l'oiseau n'est plus stimulé sur le plan visuel, auditif et tactile. Les seules stimulations qu'il reçoit seront visuelles et tactiles lors du nourrissage par la main de l'homme, qui n'a rien de comparable à la qualité de nourrissage par les parents sur le plan social et affectif.

L'oisillon élevé à la main (EAM) ne bénéficie ni du contact maternel ni du contact de la fratrie. Les contacts avec la fratrie sont tout aussi importants que les contacts avec la mère car ils permettent le sentiment de sécurité et atténuent les effets néfastes conséquents à la séparation du petit de la mère.

L'oisillon élevé à la main développe un sentiment d'abandon et souffre de l'isolement sur le plan psychologique. C'est le choc de séparation suite à l'absence de la mère biologique. Les premières manifestations sont les cris (les oisillons réclament, pleurent, des comportements qui à l'état naturel alertent la mère qui dès lors rejoint le nid et rassure ses petits). Ces comportements en captivité n'apportent aucune réponse satisfaisante et sécurisante (absence de réponse ou réponse inadaptée). Et la période de nourrissage ne suffit pas quant à combler le besoin primaire d'affectivité.

Les secondes manifestations de l'isolement sont le désespoir de l'oiseau de part la détresse permanente dans laquelle il est. Il transfère ses besoins d'affectivité sur la présence humaine et s'y attache par nécessité, en lui réclamant des contacts et interactions. Les réponses sont souvent disproportionnées et/ou inappropriées vis-à-vis des besoins de l'oiseau, et celui-ci peut tendre vers l'inactivité, la passivité face à son environnement.

En entrant dans la période pré-pubère son sentiment d'isolement peut se renforcer, et il développera des phases d'hyper-dépendance, d'hyper-anxiété, ou d'indifférence, et parfois même d'agressivité et d'hostilité, selon les individus concernés et leurs expériences. Cette période où la perruche ou le perroquet entre dans une période hormonale et s’apprête à maturer, il va renforcer (ou modifier) ses acquis. Et de part le manque d'enrichissement de l'environnement en stimulations, il aura des retards et lacunes dans son apprentissage social. Ses capacités cognitives seront moins développées et il aura plus de difficultés lors des expériences nouvelles et lors de l'éducation par son compagnon humain.

En outre le perroquet élevé à la main peut considérer les stimulation avec craintes, fuir plus facilement et se réfugier sur lui-même. La perruche ou le perroquet n'a pas acquis les conduites sociales auprès de son groupe social, ni les codes de communications. Il n'a pas été habitué aux stimulations diverses de son milieu, il n'a pas pu explorer et vivre ses propres expériences aussi enrichissantes qu'elles le sont avec le groupe social. Il a dû évoluer dans un environnement inhibé de toutes expériences et de tous apprentissages nécessaires à son évolution en tant qu'individu social.

C'est pourquoi votre perruche ou perroquet élevé à la main peut être si anxieux et craintif face à toute nouveauté, il a besoin d'une désensibilisation et d'un apprentissage des codes de conduites. C'est pour cela que votre perroquet peut être dépendant à votre présence, vos soins et vos caresses (de partenaire). C'est pour cela qu'il peut crier en votre absence, de crainte d'un nouvel abandon, de la solitude et de l'isolement. Certains finissent même par développer des troubles du comportement sévères comme l'hyper-vocalisation (les cris), le picage (l'arrachage de ses propres plumes) et parfois même l'automutilation. Ces perroquets là n'arrivent jamais à atteindre un seuil d'apaisement.

De plus, vos perruches et perroquets élevés à la main peuvent développer bien plus facilement la faculté de mordre comme mode de communication (pincer avec le bec sans engendrer de douleur n'est pas une morsure, mais une aide pour s'appuyer chez le jeune, ou parfois un avertissement chez l'oiseau plus mature). C'est parce que c'est la mère lors du nourrissage et de l'éducation qui leur apprend à ne pas mordre, à contrôler la force de leur bec, et dans quelles circonstances l'utiliser, cette seule arme de défense de dernier recours. Sans cet apprentissage, l'oiseau EAM l'expérimente lui-même dans son quotidien, comme bien d'autres comportements. Il peut également manifester des comportements territoriaux et agressifs en période hormonal, qui sont la réponse de son imprégnation à l'homme et de ses besoins instinctifs de reproduction.

Votre perroquet continuera – s'il en a la possibilité et s'il reste sur un mode de vie actif – son apprentissage et ses expériences de vie dont il renforcera ou atténuera ses comportements selon la réponse que vous lui accorderez. (Apprivoiser sa perruche ou son perroquet : la familiarisation et l'apprivoisement, Les comportements et codes de communication chez les perruches, Les gestes de pacification du perroquet).

Un perroquet élevé par ses parents naturels aura un apprentissage complet et équilibré de part sa période juvénile enrichie en stimulations, expériences et grâce à la présence familiale (le rôle du père est également importants, selon les espèces). Il ne développement jamais (ou très rarement et dans des cas particuliers) de troubles de comportement tel que les troubles du comportement sexuel, l'hyper-dépendance à l'homme ou l'hyper-anxiété. Il aura moins tendance aux morsures (sauf si c'est sa seule solution, lors d'une capture forcée par exemple, définie comme acte de prédation à laquelle il tente un dernier effort de survie malgré le stress). Également il ne fera pas d'hyper-vocalisations. S'il crie, c'est parce qu'il sera en présence de son groupe social et satisfera ses besoins innées de stimulations auditives (cris de contacts). Il ne sera pas territorial et agressif envers les êtres humains en période hormonal, et ne tentera pas de se reproduire (masturbation, parade, régurgitation) avec son propriétaire. Enfin, les risques de picage et de mutilation seront quasi-nuls.

Le perroquet élevé par les parents développera des comportements sociaux appropriés, – expérimentés et acquis en tant que juvénile – auprès de ses congénères et de son groupe social.

L'élevage à la main et les troubles du comportements

Les troubles du comportement sont l'incapacité de la perruche ou du perroquet à s'adapter à de nouvelles situations. La technique d'élevage à la main (de part les conséquences sociales, affectives et cognitives que nous venons de voir) altère l'adaptation aux variations environnementales et sociales. Ce sont des comportements anormaux, qui ne s'inscrivent pas dans l'éthogramme du perroquet (dans ses comportements à l'état naturel). Ces troubles vont à l'encontre du bien être du perroquet, il peuvent même lui nuire et la dépense d'énergie pour les effectuer est disproportionnée face aux gains (souvent nuls) du perroquet.

« Mon perroquet (ou perruche) élevé à la main n'a pas de problèmes de comportement ! »

Si votre perroquet vous mord jusqu'au sang, s'il crie à répétition pour attirer votre attention, ou quand vous vous absentez, s'il semble territorial voir menaçant à l'encontre d'un autre être humain de la maison quand il vous approche, vous avez des dysfonctionnements de communication avec lui. Et si cela n'est pas traité rapidement, cela peut s'aggraver en troubles du comportement.

Si votre perroquet s'isole, qu'il est apathique et ne fait aucune activité, ou qu'il fait les mêmes gestes et bruits à répétition, ou s'il s'arrache les plumes, ou encore qu'il se mutile, votre perroquet a développé un ou plusieurs troubles du comportement. Le répertoire des comportements naturels et innés de votre perruche ou perroquet ne comportement pas de tels comportements, troubles qui sont liés – comme nous l'avons expliqué – à la fois à la méthode d'élevage et par les conditions anxiogènes de sa captivité.

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Les solutions

Pour réduire voir même faire disparaître les problèmes de comportements et souffrances de votre perruche ou perroquet qui a été élevé à la main, vous allons aborder plusieurs axes d'améliorations.

L'environnement de l'oiseau
Le cadre de vie de votre perruche ou perroquet est essentiel pour répondre à ses besoins et garantir son bien-être. Pour cela, je vous suggère de vous reporter aux articles qui résume tout sur l'environnement et son enrichissement.

l'enrichissement du milieu en stimulations et jeux
Puisque votre perroquet élevé à la main a manqué de stimulations sensorielles et d'expériences sociales durant sa période juvénile, il va falloir pallier aux lacunes par l'acquisition de nouvelles expériences et l'apprentissage. Votre perroquet ne doit plus être passif face à son environnement et va devoir apprendre à interagir et s'adapter.
Les jeux socio-éducatifs ont une importance considérable quant à l'apprentissage du perroquet et la découverte de ses capacités cognitives et de ses moyens de communication. Il va ainsi expérimenter des situations et les renforcer ou les atténuer. L'exploration, les jeux ludiques et de contact (les jeux de contact avec votre oiseau : caresses, regards, bruits) vont permettre en partie de combler les lacunes de sa période juvénile.


Favoriser l'achat d'oiseaux élevés par les parents
Il ne faut pas favoriser le marché honteux (de part son but purement lucratif et égoïste) de l'élevage à la main, et ses problématiques de maltraitances et d'abandon. Aux états-Unis, c'est 70% des animaux de compagnie qui finissent par être abandonné au moins une fois. C'est 7 animaux sur dix (chiens, chats, rongeurs, oiseaux, reptiles) qui sont abandonnés, soit laissé lâchement dans la nature à leur propre sort, soit remis en association de sauvetage, soit remis auprès d'un vétérinaire pour une euthanasie de convenance. Sans parler des maltraitances subites. C'est un oiseau sur dix seulement qui dans sa vie n'aura jamais changé de propriétaire.
Le marché des oiseaux élevés à la main est saturé, les associations regorgent d'oiseaux qui ont été abandonnés et qui devraient bénéficier d'une seconde chance. C'est pourquoi il n'est pas pertinent et raisonnable d'acheter un oisillon EAM chez un éleveur. Premièrement parce que vous cautionnez en achetant chez l'éleveur pratiquant systématiquement l'EAM cette pratique maltraitante pour l'oiseau et ayant des conséquences néfastes et multiples sur long terme. Deuxièmement parce qu'il existe des milliers d'oiseau déjà prêt à être accueillis, attendant en association de bénéficier d'une seconde chance, d'être aimé et soigné.
Enfin, si les contraintes sont trop importantes pour vous qu'un oiseau de seconde main, préférez un éleveur qui laisse les parents naturels élever leurs petits jusqu'à leur sevrage et fin d'apprentissage. Quitte à les manipuler au nid chaque jour (réduction de la distance de fuite et des appréhension du contact humain) pour les désensibiliser à la présence humaine, afin de faciliter l'apprivoisement et la vie auprès de ses humains.

© 2012 – SCIE MARINE sur www.perruches.org

Sources :
– "La vie amoureuse des oiseaux", E.A. Armstrong, éditions albin michel, 1952,
– "Les sociétés animales", J. Golberg, delachaux et niestlé, 2003
– "Le comportement social des animaux", D. Desor, Presse universitaire, 1999
– "L’homme, le singe et l’oiseau", par Remy Chauvin, 2000
– "Le monde des oiseaux", par Rémy Chauvin et Bernadette Chauvin, 1996
– "Le comportement social chez les animaux", par Rémy Chauvin
– "La vie sociale des animaux", par N. Tinbergen, 1967
– "The human nature of birds", T.X Barber, St Martin's Press, 1993
– Parrot enrichment, par Kris Porter
– Parrot Behaviour & Enrichment Consultations, par Jim McKendry
– Centre aviaire Johanne Vaillancourt

 

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