Rosemary Low, le EAM

 Biographie de Rosemary Low, aviculteur, ornithologue, écologiste, écrivain et experte sur les perroquets.

Rosemary Low est passionnée par les oiseaux depuis sa plus tendre enfance. Les espèces néotropicales et les loris, qui se nourrissent de nectar, l'ont toujours particulièrement intéressée. Au fil des années, elle a écrit plus de 20 ouvrages sur les perroquets. Publiés en 1977 et 1978, ses deux livres sur les loris sont devenus des ouvrages de référence. Pendant son séjour de près de huit ans aux îles Canaries, elle a été responsable de deux des plus grandes réserves de perroquets au monde : le Loro Parque à Tenerife (où elle s'occupait de plus de 200 espèces de perroquets) et le Palmitos Park à Gran Canaria. Cofondatrice du World Parrot Trust en 1989, elle a été rédactrice en chef de son magazine, PsittaScene, jusqu'en 2004. Elle a parcouru le monde, intervenant à l'occasion de salons aviaires dans de nombreux pays. Pendant 30 ans, elle a répondu aux questions des lecteurs pour le magazine Cage & Aviary Birds.

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Un article de Rosemary Low

www.parrots.org/pdfs/all_about_parrots/reference_library/behaviour_and_environmental_enrichment/PS%2013%201%20Feb%2001%20parent%20rearing.pdf

Pourquoi il est important que les oisillons soient nourris par les parents

Le bien-être des perroquets et la surproduction sont intimement liés. Personne ne peux nier que la surproduction veut dire des prix à la baisse, plus d'oiseaux non désirés et des éleveurs pressés de vendre à n'importe qui. Plusieurs perroquets sont vendus sans égard, par des éleveurs qui ont besoin d'espace ou d'argent pour financer leur oiseaux. Plusieurs sont vendus à des animaleries ou à des vendeurs qui eux non plus n'ont aucun égard pour le futur de ces oiseaux. Seul l'argent compte.

Tristement, cela a toujours été le cas, mais il y a quelques années, il était plus facile de replacer ces oiseaux dans de nouvelles maisons. Maintenant, il y a tellement d'oiseaux dans cette situation (surtout sur le coup d'achat impulsif) que seulement une fraction de ces oiseaux trouvent une nouvelle famille. Dans une industrie, si la demande arrête ou que les prix baissent à cause de la surproduction, la production arrête. Mais pourtant, les éleveurs de perroquets semblent ne pas porter attention au fait que la surproduction existe.

L'élevage à la main est à blâmer, surtout en ce qui concerne les plus grandes espèces de même qu'à l'étrange notion que des oiseaux élevés par leurs parents ne font pas de bons oiseaux de compagnie. Ce qui m'attriste le plus, c'est que beaucoup de ces perroquets élevés à la main ne verrons jamais leur potentiel d'adorables et aimants animaux de compagnie vivre leur vie entière dans la même famille.

Dans le cas des cacatoès spécialement, ces pauvres perroquets sont sevrés trop vite. Cela veux dire qu'ils deviennent anxieux et demandants et qu'ils sont déjà démunis psychologiquement. Les nouveaux propriétaires de ces oiseaux déchantent très vite avec de tels oiseaux qui demandent constamment leur attention, crient et refusent de s'alimenter. Même les espèces qui sont sevrées plus hâtivement que les cacatoès, tel le gris d'Afrique, sont souvent vendus sans être sevrés complètement à des gens qui n'y connaissent rien ou encore sont vendus à des animaleries. Certains en meurent, d'autres développent de sérieux problèmes de comportement. Le fait que de nombreux éleveurs refusent d'accepter le fait que plusieurs espèces prennent beaucoup de temps à être sevrés dans leur environnement naturel, ces éleveurs, soit par ignorance de ces faits ou parce qu'ils ne veulent pas attendre des semaines ou même des mois pour vendre leur oisillons, ne devraient clairement pas faire d'élevage à la main.

Mortalité des oisillons

Les éleveurs ne veulent pas que les parents sèvrent leur bébés. D'une part, parce que des parents sans expérience peuvent contribuer à la mort des oisillons et l'autre parce qu'il n'y a pas de demande pour des oisillons EPP (Elevé ParParents) comme animal de compagnies.Aucun de ces problèmes ne sont insurmontables et je vais l'expliquer plus tard.

Premièrement laissez moi vous expliquer pourquoi le EPP est préférable au EAM (Elevé A la Main)…

– Cela réduit le nombre de perroquets élevés durant les périodes ou la vente excède la demande. Les prix sont maintenus et cela réduit l'abandon de perroquets.

– Cela empêche la femelle de pondre à répétition et ainsi de l'exténuer en lui retirant ses oeufs et en les mettant en incubateur pour ainsi la forcer à recommencer des pontes plusieurs fois par années. C'est ce que plusieurs éleveurs font, ce qui serait impossible si la technique du EAM n'existait pas. Les éleveurs n'ont jamais pris en considération les ravages psychologiques que le retrait des oeufs ou des oisillons causent aux perroquets. Les priver constamment du bonheur de prendre soin de leurs bébés est cruel. Un animal tellement intelligent et sensible qui est réduit à devenir une machine à fabriquer des oeufs est, selon moi, le pire geste de ces éleveurs. Et c'est aussi ce qui alimente les débats chez les gens qui sont contre la possession d'oiseaux exotiques.

Les perroquets sont les oiseaux les plus sensibles aux événements, ce qui affectent leur coté émotionnel. C'est pourquoi il est si commun chez ces derniers de faire du picage, ce qui est très rare chez les autres espèces d'oiseaux. C'est l'équivalent d'un humain qui s'arracherait les cheveux par frustration. Ces pauvres oiseaux sont à la merci de leur geôliers.

– Les parents qui élèvent leur bébés sont occupés pendant des semaines, voire des mois selon l'espèce. Ils ont besoin de cette occupation. Pour eux, être en mode élevage réduit la monotonie des jours, des semaines, des mois et des années. L'ennui et le manque de stimulation est un gros problème pour cette espèce intelligente.

Beaucoup de perroquets adorent la vie en famille et la plupart des propriétaires ont beaucoup de plaisir à voir évoluer des groupes familiaux en volière. Je parle ici de grandes volières et non de petites cages suspendues ou le manque d'espace occasionne de l'agressivité.

– Beaucoup de EAM sont inaptes pour la reproduction et plusieurs mâle cacatoès peuvent même devenir des tueurs en série. Bien entendu, un EAM pourrait se reproduire mais bien souvent, ils sont séparés de leur espèce avant leur sevrage en laissant plusieurs d'entre eux incapables d'agir normalement en présence de leur propre espèce. Certains sont confus sur leur propre identité et sont imprégnés par l'humain.

– Promouvoir les charmes d'un cacatoès, d'un ara ou d'autres espèces de perroquets nourris à la main, a pour résultat l'achat de ces derniers par beaucoup de gens sans expérience avec des perroquets (et même avec les oiseaux en général). Ces personnes ne sont pas préparées à la vie avec des perroquets, eux qui demandent beaucoup d'attention et qui sont si difficiles à gérer émotionnellement. Donc, ces perroquets vont de famille en famille

– Beaucoup de ces gens, qui n'ont ni le temps ni la patience d'apprivoiser un perroquet, achètent un EAM sans avoir le temps, la patience et le coeur de lui donner tout ça.

Les gens sans expérience qui ne comprennent pas les problèmes reliés au EAM commencent souvent par un gris, un cacatoès ou encore un ara. Tristement, le résultat est qu'ils se retrouvent souvent avec des oiseaux atteints de rachitisme ou de brûlures du jabot et bien souvent, tout ce que le vétérinaire peut faire est de les euthanasier après une courte vie de souffrance. Ces tentatives de sevrer un perroquet devraient débuter par de plus petites espèces (mais pas les perruches et les callopsites qui elles, ne sont pas parmi les plus faciles à nourrir.

Je ne veux pas dire qu'aucun perroquet ne devrait être nourri à la main. Je veux dire que c'est immoral de saturer le marché de EAM avec des espèces comme les cacatoès, les aras et les gris qui vivent plus de cinquante ans. Comparativement, peu de personnes gardent ces oiseaux toute leur vie. Il est beaucoup plus logique de mettre sur le marché des conures à joues vertes ou à couronne bleu (mais moins lucratif) car les conures, en général, vivent beaucoup moins longtemps et sont beaucoup plus faciles à replacer si un problème survient dans la famille.

Alors comment persuader les éleveurs de laisser les parents sevrer leurs bébés. Premièrement, ils doivent réaliser que la majorité des perroquets vont s'occuper de leurs oisillons s’ils sont dans un environnement sans stress et s’ils sont bien nourris et à profusion. La santé des oisillons dépend d'un bon apport de calcium/phosphore dans une diète balancée.

Les deux raisons principales de l'échec du sevrage par un couple concernent une mauvaise santé et une mauvaise alimentation. Une nourriture de mauvaise qualité ou insuffisante ainsi qu’une maladie contractée par les parents en sont souvent responsables. La mort d'oisillons est également souvent causée par une infection bactérienne (possiblement une mauvaise hygiène du nid) ou virale telle que le polyoma. Les éleveurs doivent faire examiner et tester leur couple pour des maladies potentiellement mortelles et contagieuses, et éliminer les parents porteurs de ces maladies.

Si le sevrage des oisillons semble bien aller, vous devez quand même vous assurer de ce qui se passe au nid. Les caméras sont une façon très pratique mais ne nous disent pas tout. Manipulés un oisillon nous fournit des informations vitales. Cependant, les parents doivent être habitués aux inspections journalières du nid. Vous devez connaître le tempérament de chaque oiseau et voir comment ils réagissent à l'inspection du nid.

Une inspection du nid quotidienne

Si on souhaite que tout se passe bien durant la période où les oisillons sont nourris par leurs parents, il est nécessaire de savoir ce qui se passe dans le nid. Des appareils photo peuvent êtres très utiles, mais ils ne disent pas tout. La manipulation d’un oisillon fournit une information essentielle. Néanmoins, les parents doivent être habitués à une inspection quotidienne (lorsque la couvée est complète). Il est nécessaire de connaître le tempérament de chacun des oiseaux et leur réaction à l’inspection du nid.

Une manipulation quotidienne des oisillons dans leur nid jusqu’au trois quarts de la période durant laquelle ils sont nourris par leur parents (au-delà de cette période cela s’avèrerait trop difficile), est nécessaire pour deux raisons majeures:

. Une manipulation et une pesée quotidiennes permettent d’évaluer la santé de l’oisillon. S’il devait être retiré du nid pour être nourri à la main ou subir un traitement quelconque, ce serait visible avant qu’il ne soit trop tard. Les éleveurs attentifs trouvent rarement un oisillon mort dans le nid, sauf s’il s’agit d’un accident. Ils sont capables d’identifier les premiers signes de détérioration de la santé et le développement de maladies.

. La seconde raison est que les oisillons qui sont manipulés régulièrement dans le nid sont plus faciles à apprivoiser que ceux qui ne le sont pas.

La facilité à apprivoiser un perroquet qui a été nourri par ses parents dépend des éléments suivants :

. Si les parents sont calmes, permettent de s’approcher de près et ne sont pas nerveux, les jeunes oiseaux n’auront aucune raison d’être nerveux.

. Retirer le jeune perroquet de ses parents lors du sevrage (lorsqu’il est capable de se nourrir et que la séparation avec ses parents n’est pas trop traumatisante d’un point de vue émotionnel), et le garder dans une cage spacieuse dans la partie la plus animée de la maison. Il ne faudra pas le forcer à être manipulé. Lorsqu’il sera prêt il viendra à vous.

. La personnalité du perroquet compte. Certains perroquets, et ceci inclut beaucoup de ceux nourris à la main, n’ont pas la capacité de devenir des oiseaux de compagnie.

. Il y a de grands avantages à apprivoiser un jeune perroquet nourri par ses parents, et c’est très plaisant. De plus, un tel perroquet sera bien équilibré d’un point de vue émotionnel, davantage en mesure de s’amuser en votre absence, moins amené à se piquer en cas de stress et moins tenté de vous dominer. Aussi, cela vous coûtera moins cher qu’un perroquet nourri à la main et vous aurez la satisfaction de savoir que les parents ont eu la possibilité de le nourrir.
Cependant, celui ou celle qui achète un perroquet nourri pas ses parents, devrait savoir ou avoir la possibilité de le distinguer d’un perroquet attrapé à l’état sauvage.

N’oubliez pas que les Amazones aux ailes oranges et les Amazones poudrés, ainsi que certains Aras et Caiques viennent directement de Guyanne et que d’innombrables Gris capturés à l’état sauvage sont importés de Belgique. Aucun membre du Trust ne va certainement alimenter ce commerce, mais je demanderais à chaque membre qui serait sollicité de dire aux gens de ne jamais acheter un animal attrapé à l’état sauvage.

Mais pour en revenir au sujet de l’élevage des animaux captifs, la plupart des accusations liées à l’incompréhension ou à des perroquets indésirables est de la responsabilité des éleveurs. Ils produisent des perroquets sans penser aux conséquences de leurs gestes. Certains aviculteurs consciencieux qui sont véritablement préoccupés par cette situation ont cessé de nourrir les perroquets à la main ou n’en élèvent que pour quelques personnes qui sauront s’en occuper. Ce sont eux qui aiment vraiment les perroquets.

La raison souvent évoquée que les perroquets les plus rares sont élevés pour les protéger de l’extinction n’est plus crédible. Il y a maintenant un trop grand nombre de maladies sérieuses qui découlent de la collecte de perroquets pour libérer des oiseaux élevés en captivité et risquer de faire disparaître les populations sauvages. En tout cas il y a trop de dangers dans les habitats naturels (ou ce qui en reste) pour faire en sorte que leur introduction soit un succès. Messieurs les éleveurs, ne vous leurrez pas sur les véritables raisons qui vous poussent à produire des perroquets rares…

PsittaScene Volume 13, No 1, February 2001

Traduction libre

Fondation St-Marseille

Un merci tout spécial à Madame Patricia Segre pour la traduction de la dernière partie du texte

 

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